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Innovation, sexy, cool – pourquoi vous ne devez plus jamais utiliser ce mot !

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Innovation, sexy, cool – pourquoi vous ne devez plus jamais utiliser ce mot !

Innovation : du latin innovare (revenir à, renouveler). Nous pourrions presque nous en tenir là, mais pour ce deuxième article du blog de Banlieue Ouest, cela semblerait un peu chiche… Alors, tâchons d’argumenter puisque nous sommes pas du genre chiche…

 

Quoi de plus entendu, cette année, parmi les médias et autres conférenciers que le mot « innovation » ? Nous n’avons de cesse d’être au contact de ce mot agrémenté à toutes les sauces – à qui l’emploiera le plus passera pour être le plus en phase avec son temps – voire caractérisé de moderne… C’est une caution employée par toutes les catégories de personnes en représentation : politiques, chefs d’entreprises, journalistes, associations…, autant que le mot « netéconomie », alors en vogue peu de temps avant l’explosion de la bulle Internet dans les années 2000. De là à dire que l’histoire se répète sur ces faits serait pessimiste et beaucoup trop hâtif, même si d’autres signaux sont présents sur le marché… Il n’empêche que l’objet de ce billet ne réside pas ici, mais bien dans le suremploi du mot innovation.

 

Car il est vrai que le mot est magnifique. On ne peut en vouloir à ceux qui l’utilisent. Tellement chargé de positivisme, de créativité, de réussite ; parfois exprimé dans de bonnes terminaisons ! Mais la réalité fait qu’employé à tort et à travers, ce mot perd malheureusement son essence même : résoudre un problème existant en repensant son usage. Les raccourcis sont très faciles à faire en cette période où les buzzwords dirigent bon nombre de discours. Néanmoins, cette observation prouve un point : le renouveau est à la mode et il est de bon ton de ne pas conserver de vieilles méthodes, peu importe le secteur. N’en déplaise aux « c’était mieux avant », ou aux frileux. Déjà, Flaubert l’avait bien écrit dans son Dictionnaire des idées reçues : « Innovations : Toujours dangereuses ».

 

Intéressons-nous alors à l’origine de cet amalgame. Généralement, nous targuons d’innovation toute nouvelle création émanant, de près ou de loin, au monde de l’entreprise. Or il faut conserver à l’esprit qu’une création n’est pas obligatoirement une innovation. Il faut donc être capable de différencier son emploi, dans le discours, de la créativité ou l’amélioration qui portent, soit dit en passant, autant de valeurs positives que l’innovation en elle-même. Nous ne parlons pas ici du sens économique du terme mais du mot innovation employé dans un contexte général, pour cause, notre environnement actuel. Par définition, on réinvente un produit ou un service, et l’on innove par de nouveaux usages. En cela, nous pouvons dire haut et fort que le Minitel a porté beaucoup plus en lui l’innovation que les Google Glass… Que le premier était créé sur la base de nouveaux moyens de communication, révolutionnant la recherche d’informations ou de tout autre business, notamment celui qui fit le début de la fortune de Xavier Niel, et que le second n’est autre que le déplacement d’un usage digital de son smartphone à un usage visuel… Ici, du fait de l’apport de la technologie et d’une bonne dose de marketing bien construit, il était de mise de lire que ces Google Glass étaient une innovation. Il y a cependant fort à parier que les laboratoires de la firme de Moutain View nous réservent de bonnes (ou mauvaises) surprises réellement innovantes.

 

Par cet exemple, l’important est de comprendre que ce n’est pas la réalisation ou l’enveloppe qui compte, mais bien ce que nous en faisons. Car une innovation peut être sous nos yeux, mais parce qu’inadaptée à la période, nous ne la prenons pas en considération. Nous ne parlons pas ici des Google Glass, mais plutôt des smartphones. Le premier smartphone fut créé en 1992 par IBM. Il faudra toutefois attendre les années 2000 pour que l’usage se développe, dans un premier temps auprès des professionnels, puis auprès du grand public, notamment grâce à l’iPhone d’Apple. Encore une fois, le milieu des technologies évoluant rapidement et pouvant être addictif de par notre connexion quasi permanente, la force du secteur réside dans le fait de créer de nouveaux comportements au-delà de corriger des problèmes existants.

 

L’innovation n’est pas dépendante des nouvelles technologies. Celles-ci sont des moyens, des outils pour servir l’innovation. Car d’un point de vue plus global, nous nous fixerions des objectifs réellement significatifs pour la société en général si nous faisions de ce mot un état d’esprit, une manière de penser plutôt qu’un objectif à atteindre. L’innovation ne doit pas être une fin en soi, quand l’amélioration de la vie du public à qui l’on s’adresse doit être cette finalité. S’il faut pour cela ne rien créer de nouveau mais améliorer ce qui fonctionne déjà à un autre secteur, nous sommes en présence d’innovation. Ne créer qu’une coquille, en reprenant un concept d’application mobile par exemple, tout en l’adaptant à un secteur, c’est de l’opportunisme bien placé. C’est bien d’ailleurs la raison pour laquelle aujourd’hui, les territoires les plus innovants ne se trouvent plus forcément dans la Silicon Valley mais dans certains pays en voie de développement. Francis Pisani, journaliste-écrivain, spécialiste des technologies de l’information et de la communication depuis 1994, indique, au retour d’un tour du monde consacré à l’observation de l’innovation, que les pays d’Afrique intègrent beaucoup mieux la démarche d’innovation dans leurs sociétés par rapport à bon nombre des startups levant des dizaines de milliers de dollars en Californie. Et cela peut s’expliquer simplement.

 

Quand, aujourd’hui, innover est une mode, elle doit être à l’origine une nécessité. Comme si la personne ne pouvait pas faire autrement, que la voie d’amélioration choisie. Refuser une situation pour adapter et proposer une valeur ajoutée différente. Être porté par une vision, croire en ce que l’on propose, ne pas se limiter à un outil, essayer, apprendre, recommencer, le tout pour servir une cause et apporter un réel service à son public de destination. La réponse ne se trouve pas uniquement dans le software. L’innovation est une manière de concevoir un ensemble, de mixer des codes et des cultures au prisme d’une expérience ou d’observations. Voilà pourquoi, souvent, les plus belles idées innovantes partent d’une situation particulière. En cela, l’innovation ne pourra jamais être business en revanche, se positionner auprès et favoriser les acteurs innovants doit être une initiative tant publique que privée, avec plus ou moins de rentabilité. Gardons à l’esprit que l’innovation a le droit d’être Open Source.

 

Finalement, c’est peut-être ceux qui pratiquent cet état d’esprit sans le savoir qui se réalisent le mieux… Donnons plutôt la chance aux idées, partons d’une situation qui a réellement besoin de réinterprétation, créons sans parler à tout prix d’innovation, travaillons pour ce qui compte réellement, à savoir la finalité d’usages ou de comportements. Nous éviterons alors d’accorder plus de sens aux pitchs qu’aux projets qui se trouvent derrière par les services qu’ils rendent. Jusqu’au jour où le mot innovation ne sera plus assez innovant pour le caractériser… Cherchons plutôt à créer du sens, c’est déjà beaucoup de travail.

 

Martin pour Banlieue Ouest

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