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Classics

Éducation 2.0

Comment la création d’un savoir collectif révolutionnera l’éducation ? Un sujet qui prend beaucoup de sens à l’heure où l’éducation et l’enseignement supérieur se trouvent régulièrement remis en cause. Pour procéder par ordre – ce qui est après tout le rôle d’une introduction –, intéressons-nous dans un premier temps aux MOOC.

MOOC : Massive Open Online Course. Traduction : Cours en ligne ouverts à tous. Ce sont des formations ouvertes et à distance en télé-enseignement. Mais attention, rien à voir avec ce que l’on peut imaginer avec une bonne vieille télé et un prof qui fait son cours en vidéo ! Ici, ce sont des cours en ligne, qui peuvent réunir selon les occasions plus de 100 000 participants ! Ce système a commencé par se développer aux États-Unis. C’est en 2008 qu’est apparu pour la première fois le sigle MOOC, lors d’un cours dispensé en physique à 25 étudiants et qui, au final, en connecta 2 500 de plus à travers une plateforme web. En France, le premier MOOC à avoir été lancé s’est déroulé fin 2012 et avait pour titre : Internet, tout y est pour apprendre. Aujourd’hui dans l’éducation, les MOOC sont devenus un véritable enjeu. À tel point que même les grandes écoles françaises cherchent à créer les leurs. Pour exemples, Polytechnique, Centrale Lille, HEC ou encore Telecom Bretagne créent désormais des sessions ouvertes à tous via des plateformes connectées.

Bien sûr, les MOOC n’ont pas vocation à remplacer les cours traditionnels. C’est simplement une alternative, un complément, une source de savoir accessible à tous ceux désirant apprendre sur un sujet. La plateforme numérique assure pour autant un moyen de mêler de l’interactivité par des images, de la vidéo, des quizz, des forums ou des évaluations selon le rythme d’apprentissage de chacun. Mais au-delà du fonctionnement, c’est surtout un moyen d’ouvrir le savoir à des élèves ne pouvant y avoir accès pour des raisons géographiques, économiques ou d’organisation. Ainsi, on peut très bien suivre des enseignements d’universités étrangères ou des étrangers peuvent suivre les enseignements français – un excellent moyen de promouvoir l’excellence française…

Peut-être que, finalement, la solution au problème de l’éducation de l’enseignement supérieur se trouve-t-elle en partie dans ces cours en ligne ouverts à tous : donner un nouveau cadre aux enseignements, proposer de nouveaux outils aux enseignants, innover par une nouvelle plateforme pour les étudiants. Car l’intérêt se trouve bien ici. Avec les MOOC, l’enseignement a compris que les usages et les façons d’apprendre et de chercher des informations ont évolué. Il est donc primordial de savoir les exploiter pour intéresser les étudiants. Le savoir donne envie quand celui-ci n’est pas difficile d’accès. Donnons un nouveau souffle aux études, en cassant l’élitisme de certains, le laxisme d’autres, ou encore l’incompétence des uns ou des autres. Et c’est typiquement ce que les MOOC pourront contribuer à faire.

Certes la création d’un savoir collectif n’est pas uniquement liée à une question de cours en ligne et ouverte à tous. Elle réside en une idée philosophique plus large, où l’évolution de l’homme est en question. Et toi, tu as MOOC plus combien ?

 

VISION AGENCE

La logique des MOOC part avant tout d’une idée utopique. Apporter le savoir et la connaissance au plus grand nombre et, en particulier, à ceux qui ne pourraient avoir accès au savoir dit classique. Les premières universités à avoir théorisé, puis lancé des initiatives de cours ouverts s’avèrent des structures prestigieuses où les enseignements donnés sont extrêmement difficiles d’accès. Dans une démarche à la fois altruiste et avant-gardiste, les universités ont voulu donner le signal fort que toute connaissance doit pouvoir être transmise, même à ceux qui ne possèderaient pas le bagage nécessaire pour capter la substantifique moelle. Une philosophie proche de celle des Lumières, finalement. Les « élites » doivent être capables de rendre accessible le savoir pour tout le monde, ainsi ce monde ne s’en portera que mieux.

Il est vrai que si l’on imagine les milliers de personnes, jeunes et moins jeunes, dans certaines régions d’Afrique centrale par exemple, qui n’ont pas la chance de recevoir un enseignement suivi dans une école, ces MOOC représentent une aubaine. Mais en théorie seulement. Car qui dit MOOC dit connexion internet fiable et durable, ce qui pose un problème majeur, pour le moment, dans la plupart de ces régions. Autre point important, la barrière de la langue – toute la planète ne parle pas encore l’anglais ou le français. Et enfin, l’accessibilité. Même si beaucoup de cours online sont gratuits, une certification payante est souvent exigée, mettant un frein à l’inscription et donc au suivi des cours. La théorie se trouve alors vite rattrapée par la réalité… Sans parler des modèles économiques de ces MOOC. Car viendra bien un moment, pour que ces cours puissent rester gratuits, où il sera question de faire financer par un moyen ou un autre ces enseignements online. Voilà pourquoi il faut encore rester prudent sur les MOOC d’aujourd’hui qui ne cessent de fleurir sur le Web.

Le gouvernement lui-même, défendu par la ministre Geneviève Fioraso, a lancé depuis quelques mois, sa plateforme universitaire online. Baptisé F.U.N. – pour France Université Numérique –, ce dispositif a pour but de donner un cadre et une plateforme ouverte à toutes les universités françaises, afin que chacune d’entre elles puisse organiser des MOOC comme bon lui semble. Une initiative encore jeune pour juger de son efficacité, mais qui a déjà le mérite d’avoir généré plus de 68 000 inscrits. Une mesure est d’ailleurs à l’étude afin de disposer de crédits ECTS, validant une formation par un diplôme, et donnant une valeur réelle à ces enseignements.

Malgré les imperfections, la volonté est toutefois bien présente. Il y a un vrai intérêt à ce que les universités et écoles privées du monde entier développent des MOOC. Et, il va de soi, un vrai intérêt pour tous les étudiants que nous sommes, à suivre ces cours online. Même si, pour le moment, les chiffres montrent que ce sont pour la plupart des personnes déjà diplômées de l’enseignement supérieur, à la recherche de nouvelles connaissances pour leur culture personnelle, sans volonté de nouvelles compétences professionnelles, qui suivent majoritairement les sessions dispensées. Il y a donc encore du chemin à parcourir afin de proposer des cours, non pas libres mais accessibles à tous, où la plupart des étudiants trouveront en cette solution une alternative du quotidien, à des enseignements classiques ou inexistants, et offrant à chacun, une vraie chance de réussir.

 

VISION RÉMY BACHELET

Quelles ont été vos contraintes pour convaincre votre école de créer ce MOOC Gestion de projet ?

Lorsque je l’ai proposé en janvier 2013, la direction de Centrale a accueilli très favorablement l’idée de lancer un MOOC, d’autant que je ne demandais pas de financement au début. Le MOOC a essentiellement été développé sur du temps bénévole, avec soutien réél de Centrale (reconnaissance partielle de mes heures, appui du département communication et de celui de la scolarité).

Pour le GdP2, nous avons dû également mettre au point des conventions avec des partenaires, et le GdP4 aura peut-être des financements de la Fondation Centrale Initiatives.

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de la première édition ?

Qu’il est possible de lancer un MOOC avec peu de moyens ! À condition d’utiliser des licences libres et un modèle ouvert, invitant des personnes de toutes origines à s’impliquer : étudiants, personnes en recherche d’emploi, doctorants, enseignants chercheurs, jeunes voulant créer une entreprise… J’avais la chance d’avoir une base solide de cours et une bonne expérience d’Internet et des outils collaboratifs.

Que pensez-vous de la position du gouvernement de lancer FUN et dinvestir sur les MOOC ?

FUN est une initiative majeure, c’est la référence pour les universités et les grandes écoles francaises : pour aider les équipes qui travaillent sur ces projets, pour les former, pour héberger les MOOC qui en ont besoin. Je soutiens FUN autant que je le peux, par exemple par des ateliers de formation http://gestiondeprojet.pm/formation-au-pilotage-de-mooc, en participant au MOOC de MOOC…

Comment changer lenseignement en sappuyant sur les MOOC ?

Je pense qu’il faut commencer tout de suite par le plus simple : proposer 5 % de MOOC dans tous les cursus, notamment autour des profs les plus dynamiques qui commenceront par les suivre et voir comment ils peuvent en tirer profit dans leur propre enseignement. Il y a des points de vigilance, notamment la charge de travail des étudiants qui doit être prise en compte.

Pour un cours bien au point, avec une équipe motivée et cadrant avec la stratégie de l’établissement, il faut penser à y « mettre le paquet » et développer son propre MOOC sur ce thème, sachant que FUN pourra aider.

Comment voyez-vous lenseignement dans vingt ans ?

Dans vingt ans, l’enseignement supérieur aura profondément changé à cause du numérique et d’autres technologies, mais d’une manière que l’on ne peut par définition… pas prévoir (il suffit de revenir en 1993 pour le comprendre), ce qui est sûr c’est que l’on sera surpris. Mais on peut tenter une prédiction : les années 1800 ont été celles de l’enseignement primaire, les années 1900 ont vu la mise en place de l’enseignement secondaire pour tous… et les années 2000 seront celles de l’enseignement supérieur.

Quels conseils donneriez-vous à des enseignants et à des apprenants pour tirer le meilleur parti dun MOOC ?

Le risque avec un MOOC est aussi son principal avantage : sa facilité d’accès. Il faut absolument faire l’effort de se fixer des objectifs, des plages de travail courtes mais régulières, et surtout communiquer avec les autres apprenants pour s’impliquer et y prendre du plaisir.

 

VISION MATHIEU NEBRA

Avec l’arrivée des MOOCs (Massive Open Online Courses), on annonce que le monde universitaire est en train de vivre sa révolution. On en oublierait presque que c’est l’Education au sens large qui s’apprête à subir une mutation profonde et globale.

Cette mutation, d’autres secteurs l’ont vécue plus tôt, bien souvent dans la douleur.

Je pense notamment à la musique, au cinéma et à la presse… ah, et je vois qu’on me signale dans l’oreillette que leur transformation n’est d’ailleurs pas encore terminée. Nous sommes donc prévenus : l’Education va évoluer mais cela va prendre beaucoup de temps.

Cette transformation qui attend le monde de l’Education ne doit en aucun cas être perçue comme une menace. Ce serait passer à côté des formidables perspectives qu’elle ouvre, au premier rang desquelles l’opportunité de créer un véritable savoir collectif. En effet, le schéma traditionnel de l’Education repose sur un principe très vertical : il y a un enseignant (le « sachant ») et des étudiants (les « apprenants »). Si ce modèle a vocation à perdurer, au moins en partie à mon sens, il faut accueillir à bras ouverts une approche plus horizontale de l’Education. Ce changement est en réalité encore plus profond qu’il n’y paraît. Il ne s’agit pas seulement de permettre à la connaissance de circuler entre les étudiants, mais aussi d’inciter et de récompenser ce partage du savoir. En somme, avoir compris la leçon ne sera plus suffisant : il va désormais falloir la diffuser à son tour si on souhaite obtenir la meilleure note.

Cette approche est basée sur le modèle décentralisé d’Internet et du Peer-to-peer.

Mais il ne faut pas simplement se contenter de l’imiter : il faut se l’approprier dans le contexte éducatif. Les meilleurs exemples sont les devoirs en correction pair à pair (« peer to peer assessments »). C’est à mon sens là qu’est la « révolution des MOOCs », une révolution encore silencieuse, mais bien plus profonde que les vidéos et les certificats d’universités prestigieuses dont on entend continuellement parler. Lors d’un devoir en correction pair à pair, l’étudiant doit non seulement travailler et rendre un devoir, mais il doit ensuite corriger plusieurs devoirs d’autres élèves en suivant un barème rigoureux. Sa note finale est une combinaison de la note moyenne attribuée par d’autres élèves à son devoir et de son propre travail de correction.

Les plateformes Coursera et edX exploitent régulièrement cette technique, qui a en outre l’avantage de rendre les corrections possibles quand l’enseignant est confronté à plusieurs milliers d’élèves. En tant qu’enseignant, j’ai moi-même reçu 2000 devoirs le même jour à corriger. Impensable en temps normal. C’était sans compter sur l’efficacité d’une communauté d’étudiants que l’on responsabilise et à qui on donne les bons outils : les 2000 devoirs ont tous été corrigés en près de 72h par les étudiants ! Chaque devoir ayant été revu par 3 étudiants différents, ce sont en réalité 6000 corrections qui ont pu être réalisées en 3 jours. Le nombre de plaintes ? Il se compte sur les doigts d’une main. Voilà qui est prometteur !

Demain, nous irons encore plus loin. Nous permettrons à tout un chacun, diplômé ou non, de dispenser ses propres cours en ligne. C’est la qualité pédagogique qui fera le tri sur le long terme : seuls les cours les mieux conçus survivront au temps. Cette vision va être mise en oeuvre par un acteur de taille : Google. Celui-ci a annoncé son intention de lancer la plateforme MOOC.org où tout un chacun pourra proposer son cours en ligne, sans barrière à l’entrée. Le monde universitaire retient son souffle : va-t-on assister à un véritable big bang de l’Education ou l’initiative va-t-elle faire pschiitt ?

Nous expérimentons cette approche sur OpenClassrooms depuis près d’une dizaine d’années. Les cours sont mis en ligne par la communauté, qui est constituée aussi bien d’étudiants que d’enseignants. Cela a permis de faire exploser le nombre de cours : celui-ci est passé de 10 à 850 en quelques années, tout en conservant un processus de sélection rigoureux.

Aujourd’hui, un très bon cours de programmation en Python peut être rédigé par un étudiant de moins de 20 ans. L’étudiant en question se révèlera par la suite être non voyant.

Et alors ? Qu’importe ! Son cours est plébiscité pour sa qualité, il sera mis en avant, vendu en livre et en eBook et utilisé par d’autres enseignants à leur tour. Lui aurait-on donné sa chance auparavant ? Et d’ailleurs, aurait-il seulement cherché à la saisir ?

On ne saisit pas encore l’ampleur du bouleversement annoncé. Si l’on en croit les signes dont nous disposons, il y a fort à parier que les principaux concernés, les étudiants eux-mêmes, sauront en tirer le meilleur parti.

 

CONCLUSION

La création d’un savoir collectif révolutionnera l’éducation. Sous quelles formes ? Par quels moyens ?

Cousera, EdX, Simplon ou OpenClassrooms n’en sont qu’aux balbutiements. Il est évident que d’autres modèles vont faire rapidement leur apparition, qui proposeront alors des plateformes toutes plus innovantes les unes que les autres. Mais pour pouvoir répondre à la question posée par ce dossier, il est intéressant d’ouvrir le champ de réflexion et de s’intéresser à la mise en libre-service du savoir, sans pour autant parler d’enseignement. Et tout logiquement, c’est vers le modèle des Wiki et du mouvement Wikimedia que l’on se tourne. Les Wiki – pour « What I Know Is » –, selon le journal The Economist, c’est ce regroupement de projets collaboratifs, gratuits et modifiables par quiconque ou presque souhaitant y participer. La finalité étant de promouvoir la croissance et le développement de projets contenant du savoir libre fondé pour en distribuer le contenu publiquement et gratuitement afin de contribuer à l’Internet libre. Wikipedia en est l’une des figures de proue. Et pour de bonnes raisons. C’est le moyen même de prouver que le savoir n’est pas l’apanage ni la propriété de quelques personnes, voire même d’une classe sociale. Le savoir quel qu’il soit est l’affaire de tous. Un physicien pétrochimique pourra rédiger un article complet et documenté sur le polypropylène, fruit d’une longue explication scientifique et précieuse d’un savoir que peu de personnes maîtrisent. Et pour cause, il est l’un des rares à pouvoir en parler. Et à l’autre bout du monde, un homme venant d’un milieu culturel opposé au sien pourra rédiger un article également complet et documenté sur la pomme de terre, expliquant tous les tenants et aboutissants de cette racine essentielle à la nutrition mondiale. Et sans doute, ce dernier article sera-t-il davantage consulté que celui sur le polypropylène.

Pour aller plus loin que ce simple exemple, et pour paraphraser l’auteur et spécialiste de l’éducation Ken Robinson, dans son livre The Element, il existe en chacun de nous, une chose sur laquelle nous sommes capables d’être experts. C’est à partir du moment où nous nous apercevons de cette révélation que nous comprenons pourquoi il est utile d’apprendre. Wikipédia, en outre, est un moyen de pouvoir exprimer cet Element. Prendre la parole sur ce que l’on maîtrise afin de pouvoir l’apporter aux autres et donc, parallèlement, de s’ouvrir à un autre savoir. Car le Web étant constitué de liens, il devient très facile de pouvoir naviguer d’une connaissance à une autre. Ne serait-ce pas alors la finalité de l’Internet ? Selon le brillant philosophe Pierre Lévy, l’intelligence collective voulue par nombre de grands penseurs du passé, notamment issus de la tradition farabienne datant de 900 après J.-C., est justement possible par l’Internet. L’homme est désormais en mesure de prendre en charge son évolution, par l’intermédiaire de son intelligence. Une raison de plus pour que l’Internet reste libre. Le savoir collectif ne doit pas être massif ou formaté. Il ne doit pas dépendre de sociétés, et doit être accessible à tous. Nous retrouvons ici la théorie des MOOC. La différence étant qu’à défaut des Wiki, les cours ouverts à tous détiennent une dimension pédagogique, qu’une simple mise à disposition du savoir ne permet pas. Mais c’est dans cette démarche qu’il faut se lancer.

Créer des enseignements sur des modèles pédagogiques, que chacun peut s’approprier afin de compléter, modifier, adapter pour en enrichir le contenu. Ne pas être simplement dans une transmission verticale du savoir, mais encourager les étudiants à vouloir transmettre à nouveau. Voilà la mission que nous devons aujourd’hui embrasser. C’est à ce prix que sur le front, banderole à la main, l’éducation aura le droit à sa révolution !

 

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